Conférence de presse à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE, au siège de la BCE à Francfort
par Balazs Koranyi
Un dépassement de l'objectif d'inflation de la Banque centrale européenne (BCE), même "pas trop persistant", en raison de la flambée des prix de l'énergie pourrait justifier un resserrement modéré de la politique monétaire, a déclaré mercredi Christine Lagarde, la présidente de l'institut de Francfort.
La BCE a laissé ses taux inchangés la semaine dernière, tout en mettant en garde contre une remontée imminente des prix, et ses responsables débattent désormais du scénario dans lequel les taux d'intérêt devraient être relevés pour contrer le risque d'une accélération durable de l'inflation.
La présidente de la banque centrale de la zone euro a indiqué qu'une inflation bien supérieure à la cible de 2% pendant une période prolongée nécessiterait une réaction "énergique ou persistante" de la part de Francfort, tout en ajoutant que même un léger dépassement pourrait exiger un ajustement "mesuré" des taux d'intérêt.
"Si le choc entraîne un dépassement important, mais pas trop persistant, de notre objectif, un ajustement mesuré de la politique monétaire pourrait se justifier", a-t-elle déclaré lors d'un discours à Francfort.
"Ne pas réagir du tout à un tel dépassement pourrait poser un risque de communication : le public pourrait avoir du mal à comprendre une fonction de réaction qui ne réagit pas", a-t-elle fait valoir.
"PRÊTS À AGIR"
Christine Lagarde n'a pas explicitement associé ses critères à l'un des scénarios présentés par la BCE lors de sa réunion de la semaine dernière. Ceux-ci ne sont toutefois pas très différents de la trajectoire d'inflation du scénario "défavorable" de la banque centrale.
Dans le scénario "de base" le plus favorable, l'inflation s'établira en moyenne à 2,6% cette année, après avoir évolué autour de 2% l'année dernière.
Dans le scénario défavorable, l'inflation dépassera 4% au second semestre de cette année mais reviendra à son objectif d'ici mi-2027, tandis que dans le scénario plus pessimiste, elle dépassera 6% au début de l'année prochaine et ne reviendra pas à son objectif avant plusieurs années.
"Si nous prévoyons que l'inflation s'écarte de manière significative et persistante de l'objectif, la réponse doit être suffisamment ferme ou persistante", dit Christine Lagarde.
La présidente de la BCE a par ailleurs déclaré que Francfort était prêt à agir "lors de n'importe quelle réunion" et que, même si elle attendrait de disposer d'"informations suffisantes" avant de modifier sa politique, elle ne se laisserait pas "paralyser par l'hésitation".
S'exprimant après Christine Lagarde, Philip Lane, chef économiste de la BCE, a pour sa part déclaré que les responsables évalueraient "à chaque réunion" quel scénario semblait le plus plausible, laissant ainsi ouvertes les possibilités d'une première intervention en avril ou en juin.
SIGNES PRÉCURSEURS
La BCE doit rester attentive aux premiers signes indiquant une dynamique inflationniste plus généralisée et en évaluer les répercussions, notamment sur les salaires ou les anticipations d'inflation.
Selon Philip Lane, les prévisions des entreprises en matière de hausse des prix et les salaires des nouveaux embauchés font partie des indicateurs clés dont tiendra compte la BCE.
Il a toutefois souligné que les marchés financiers anticipent une "flambée des prix" dans la zone euro due à la hausse des prix de l'énergie, plutôt qu'une augmentation persistante de l'inflation au-delà de l'objectif de 2% fixé par Francfort.
Les opérateurs s'attendent désormais à deux ou trois hausses de taux de la part de la BCE cette année, car ils prévoient une inflation supérieure à l'objectif pendant plusieurs années.
Un argument en faveur d'une intervention précoce, mais mesurée, est que la BCE a été critiquée pour avoir agi trop tardivement lors de la flambée de l'inflation de 2021-2022, à la suite de la pandémie de COVID-19 et du début de la guerre en Ukraine.
Christine Lagarde a toutefois souligné que la situation actuelle est tout à fait différente et que plusieurs facteurs laissent présager un impact moindre.
Le choc énergétique est jusqu'à présent moins important, en particulier dans le cas du gaz naturel, le marché du travail n'est pas aussi tendu, il n'y a pas de demande atone comme après la pandémie, les politiques budgétaires sont plus restrictives et le taux de la banque centrale est plus élevé, a-t-elle détaillé.
Elle a également souligné que les données historiques montrent que le risque d'un effet domino généralisé des prix de l'énergie relève davantage de l'exception que de la règle.
(Reportage Balazs Koranyi, avec la contribution de Reinhard Becker ; version française Diana Mandia, édité par Sophie Louet)

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